L'Irlande enfin sur terrain stable... PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Mercredi, 01 Décembre 2010 15:07

Le lundi 22 novembre, le quotidien The Irish Times publiait le plus sérieusement du monde un article intitulé “Un ministre et un curé disent de prier pour lʼéconomie”1, le jour même où le gouvernement annonce quʼil nʼa dʼautre solution que dʼaccepter lʼaide du FMI et de lʼUnion Européenne pour éviter la désintégration de lʼéconomie du pays.

Après avoir fait semblant de pouvoir contrôler la situation, ce gouvernement (dont la popularité frôle les 10%) a annoncé que les experts du FMI, de la Banque centrale et de lʼUE prenaient possession de la capitale le jeudi 18 novembre, jeudi noir. Ces oiseaux de mauvais augure on semé la peur, dépouillé le gouvernement des derniers lambeaux de dignité auxquels il sʼaccrochait ; ils ont dépouillé les irlandais des derniers haillons de souveraineté et ranimé le débat sur lʼindépendance nationale. Des ministres se sont couverts de ridicule ce weekend, y compris au Prime Time, lʼémission politique la plus populaire: vivement interpellés, questionnés sur la honte quʼils doivent peut-être, quand même, un peu ressentir, les ministres aux abois semblent complètement perdus. Comme si tous leurs repères (taxe sur les sociétés à 12,5%, dumping social, bulle immobilière...) sʼeffondraient en poussière. Le tigre celtique est parti en fumée.

Le Ministre de la Protection Sociale, Éamon Ó Cuív, a lui aussi reconnu que “tout nʼest pas sous le contrôle du   gouvernement”. A contre courant de ses collègues qui préfèrent baisser les yeux et fuir les questions, il trouvé le

moyen de rassurer les citoyens irlandais. Dans les brumes du Donegal, loin de la panique de la ville, il déclarait sur Highland Radio : “Nous avons trois choses à faire dans les trois semaines à venir: il y a le budget, le plan quadriennal pour apporter la stabilité à notre situation fiscale, et essayer de prier pour que ce soit la fin de tout cela”. A la question étonnée du journaliste, il a confirmé “oui, la prière est très puissante car en fin de compte nous devons nous y cramponner jusquʼà ce que nous arrivions sur un terrain plus stable.”

Comme pour lʼexcuser les journalistes du Irish Times rapportent que des curés eux aussi enjoignent leurs fidèles à prier pour sortir de la crise financière.

Il y a comme une sensation de déjà-vu dans ce rapport entre crise et réponse religieuse... Déjà échaudés par la recommandation européenne de mettre en conformité leur législation sur lʼavortement, en pleine campagne pour le

référendum sur le traité de Lisbonne, les Irlandais nʼavaient pas apprécié cette ingérence morale. Ils avaient répondu par un « non » à Lisbonne, ce que le gouvernement leur avait demandé de corriger, comme à un mauvais élève (français). Les irlandais avaient voté une deuxième fois, pas les français. Cette semaine, lʼintervention des « Boys » du FMI et de la BCE a été perçue comme une manifestation impérialiste contre lʼindépendance nationale du pays, ranimant le spectre du nationalisme. Mais quelle indépendance nationale dans le pays du « modèle » du libéralisme mondialisé, où les banques appartiennent aux anglais et allemands, les entreprises aux américains... ?

Lʼeau, dernier bien public (à profusion, il faut lʼavouer !), sera privatisée dans les années à venir selon le plan quadriennal miracle pour renflouer les caisses de lʼét... de qui ? Pardon, de Vivendi. Non, il ne faut pas plaisanter, lʼeau gratuite, ça ne se fait plus nulle part !

Malheureusement, les ministres et les curés ont pour lʼinstant toujours le dessus (sans blague grossière)... mais bientôt la révolte des fidèles ? Mais que fait donc lʼIrlande fière et rebelle ?


Pascal Pragnère


1 “Minister and priest say pray for economy” par Ronan McGreevy et Conor Kane, The Irish Times, 22 novembre 2010, p.3.

Mise à jour le Jeudi, 02 Décembre 2010 08:15